Accueil des touristes étrangers / Les Algériens victimes de leur espace clos

Accueil des touristes étrangers / Les Algériens victimes de leur espace clos

Beth, une touriste américaine, originaire de la ville de Boston aux Etats-Unis, revient à Alger après l’avoir visitée en 1992. Si Beth constate que notre capitale a beaucoup évolué depuis les années 90 et les infrastructures se sont améliorées, elle ne manque pas de constater que le comportement des Algériens, lui, est “bizarre” et lui fait “peur”, notamment sur les routes où la conduite automobile est très dangereuse, témoigne-t-elle dans un reportage diffusée par la radio Chaîne III. 

A en croire cette touriste américaine, le problème de l’Algérie est bel et bien le comportement des Algériens. Dans ce même reportage qui s’intéresse au regard des touristes étrangers sur notre pays, Zeineb, une Tunisienne établie en France, abonde dans le sens et fait savoir qu’elle est choquée par “le comportement des Algériens”, notamment des plus jeunes. “Ils ne disent ni bonjour ni au revoir”, regrette cette touriste.

Mais peut-on réduire le problème du tourisme en Algérie uniquement aux comportements de nos concitoyens ? Fatima Oussedik, sociologue chevronnée et chercheur au Centre de recherche en économie appliquée au développement (CREAD), estime que la problématique est beaucoup plus complexe que cela. “Nos villes ne sont pas attractives. Ce ne sont pas des villes ouvertes sur le reste du monde. Les Algériens évoluent dans des espaces clos, fermés alors que le monde d’aujourd’hui abrite des villes-mondes marquées par le cosmopolitisme et la diversité culturelle”, décrypte notre sociologue et auteur de plusieurs ouvrages académiques.

“On a fait de l’Algérien un être fermé aux autres à cause d’un récit national très restreint”, ajoute encore notre interlocutrice, selon laquelle nos compatriotes souffrent tellement d’un contexte social clos qu’ils agressent les autres, ces étrangers parce qu’ils incarnent “un mode de vie auquel ils ne pourront pas accéder”, analyse-t-elle.

“Si le jeune algérien crache au moment où il aperçoit une touriste, c’est parce que, lui, ne pourra jamais voyager s’il ne devient pas un harraga”, note Fatima Oussedik. D’après notre sociologue, le touriste étranger rappelle à l’Algérien sa profonde frustration, celle d’une impossibilité d’accéder à un mode de consommation moderne et une façon d’être un citoyen dans le monde.

“Nous subissons la citoyenneté contrainte qui fait de nous des êtres agressifs et cela ne favorise guère la rencontre avec l’autre”, regrette en dernier lieu notre sociologue, qui impute ce malaise aux pressions politiques qui mènent les structures familiales traditionnelles à contrôler la  vie du citoyen algérien. Abdou Semmar / Algerie-focus

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